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LE CABINET DU DOCTEUR CALIGARI

LE CABINET DU DOCTEUR CALIGARI

FICHE TECHNIQUE

Titre français : Le Cabinet du Docteur Caligari
Titre original : Das Cabinet des Dr. Caligari
Autres titres : /

Réalisateur : Robert Wiene
Année : 1919
Pays : Allemagne
Musique : /
Genre : Épouvante
Interdiction : /

Casting
 Conrad Veidt (Cesare)
 Werner Krauss (Caligari)
Friedrich Feher (Franzis)
Lil Dagover (Jane Olsen)
Hans Heinrich von Twardowski (Alan)
Rudolf Lettinger (Docteur Olsen)

Compagnie de production : Decla-Bioscop AG 

Première diffusion : 26 février 1920 (Allemagne)

Durée : 73 minutes


L'HISTOIRE
Franzis, un jeune homme au regard absent, va raconter la sinistre aventure qu'il vient de vivre à un inconnu dans un parc. 
Le docteur Caligari demande l’autorisation au secrétaire de la ville d'Holstenwall de pouvoir installer un petit chapiteau à la fête foraine pour présenter son attraction : Cesare le somnambule. Il obtient l'autorisation malgré la mauvaise humeur du secrétaire. Ce dernier est retrouvé assassiné le lendemain. Dans la journée, Alan et son ami Franzis se rendent à la fête foraine et vont au "cabinet du docteur Caligari" pour découvrir Cesare. Alan demande au somnambule de lui prédire l'avenir. Cesare lui répond qu'il mourra avant l'aube. En rentrant chez eux, les deux amis croisent la route de Jane Olsen, une belle jeune femme dont ils sont tous deux amoureux. Le lendemain matin, Alan est retrouvé mort. Pour son ami Franzis, il ne fait aucun doute qu'Alan a été assassiné par Cesare. Il décide de mener son enquête et espionne les activités du docteur Caligari. Un vagabond est arrêté par la police alors qu'il était prêt à commettre un crime. Il reconnaît son acte mais assure ne pas être responsable du meurtre du secrétaire de la mairie et d'Alan. Intriguée par les soupçons de Francis, Jane Olsen se rend chez le docteur Caligari. Devant Cesare, elle prend peur et s'enfuit. Durant la nuit, Cesare tente d'assassiner Jane, mais devant la beauté de cette dernière, il se ravise et la kidnappe. Il est poursuivi par le père de Jane, aidé de la police. Se sentant piégé, il abandonne Jane. Caligari est quant à lui poursuivi par Franzis. Il trouve refuge dans un hôpital psychiatrique. Franzis découvre qu'il est le directeur de l'établissement. Des preuves sont découvertes contre Caligari, qui aurait utiliser le somnambulisme de Cesare pour lui faire commettre des crimes. Démasqué, Caligari sombre dans la folie et est interné dans son propre hôpital. 

LA FIN DU FILM :
Après avoir raconté cette drôle d'aventure, Franzis s'en va du parc et se rend dans une grande salle qui n'est autre que celle de l'hôpital psychiatrique. Il y croise Cesare et Jane parmi les autres patients. Puis il aperçoit le directeur, qui ressemble à Caligari. Il se jette sur lui pour l'étrangler mais il est rapidement maîtrisé par le personnel soignant. Le directeur affirme qu'il a compris la démence de Franzis et qu'il a désormais un moyen pour le guérir. 

MON AVIS :
Et voilà le premier chef-d'oeuvre du cinéma fantastique ! 73 minutes au cœur du cinéma expressionniste, un voyage dans un univers étrange et de toute beauté, servi par un scénario novateur et un retournement de situation incroyable, un twist que N. Night Shyamalan n'aurait pas renié !

Oeuvre picturale hypnotique, Le Cabinet du Docteur Caligari tire en partie sa force des décors composés de diverses peintures et toiles dues aux artistes peintres Herman Warm, Walter Röhrig et Walter Reinmann. Forme cubique, ligne abstraite ou déformée, perspective amplifiée, cette utilisation de la géométrie et de la distorsion artistique de la réalité confèrent au film une aura particulière qui sied tout à fait à son côté fantastique et angoissant. Il faut également ajouter les changement de couleurs en fonction des séquences, allant du sépia orangé aux teintes verdâtres ou bleutées du plus bel effet.

Réalisé en seulement trois semaines par Robert WieneLe Cabinet du Docteur Caligari nous présente un personnages des plus curieux : Cesare le somnambule, merveilleusement interprété par Conrad Veidt, légende du cinéma muet. Son teint blafard, ses yeux cernés de noir en font une sorte de créature vampirique, démoniaque, qui marque les esprits. La séquence dans laquelle il kidnappe Jane et s'enfuit à travers les rues, dans nombre de décors tarabiscotés, dont les toits de la ville, est magnifique. C'est d'ailleurs une scène qui sera maintes fois reprises dans le futur (le monstre prenant dans ses bras une jeune femme et qui se fait pourchassé par les habitants et la police).

Tarabiscoté, le scénario l'est également. On plonge dans un univers de folie, que nous raconte Franzis, l'un des protagonistes principaux. Nous, spectateurs, prenons évidemment pour argent comptant son récit, comment pourrait-il en être autrement ? Et puis arrive le twist final, qui va chambouler tout ce qu'on a vu et qu'on croyait être la réalité. Tout comme les décors du film qui déforment la réalité, le scénario du Cabinet du Docteur Caligari s'amuse lui aussi à jouer de cette réalité apparente pour mieux nous surprendre, nous étonner. La conclusion elle-même nous laissera sur un dernier doute, une dernière interrogation.

Oeuvre matricielle qui inspira de nombreux réalisateurs (Tim Burton, Dario Argento), possédant une horde de fans qui la vénère (dont Rob Zombie), Le Cabinet du Docteur Caligari garde encore toute sa force, toute sa magie, toute sa poésie. Mêlant scènes d'une beauté picturale renversante à une ambiance d'épouvante finement travaillée (le jeu d'ombre montrant Cesare assassinant Alan), le film de Robert Wiene nous émerveille par sa virtuosité, sa galerie de personnages et sa mise en scène.

Un pur classique.

LA SCÈNE MARQUANTE :
La première apparition de Cesare, ouvrant les yeux tel un zombie se réveillant d'un profond sommeil. Une séquence culte, reprise en hommage dans le Phantom of the Paradise de Brian de Palma.

CARACTÉRISTIQUES
- SCÉNARIO : 5/6
- VIOLENCE : 1/6
- GORE : 0/6
- NUDITÉ : 0/6
- APPRÉCIATION GLOBALE : 6/6


QUELQUES PHOTOS

 

 

 

LE FILM

Une sublime version blu-ray est disponible ICI

CAUCHEMARS ET HALLUCINATIONS

CAUCHEMARS ET HALLUCINATIONS

FICHE TECHNIQUE

Titre français : Cauchemars et Hallucinations
Titre original : Unheimliche Geschichten
Autres titres : Eerie Tales

Réalisateur : Richard Oswald
Année : 1919
Pays : Allemagne
Musique : /
Genre : Épouvante
Interdiction : /

Casting
 Conrad Veidt (La Mort, divers personnages)
 Reinhold Schünzel (Le Diable, divers personnages)
Anita Berber (La prostituée, divers personnages)
Hugo Döblin
Paul Morgan
Georg John

Compagnie de production : Richard-Oswald-Produktion

Première diffusion : 6 novembre 1919 (Allemagne)

Durée : 98 minutes


L'HISTOIRE
Dans une bouquinerie. Une fois le propriétaire des lieux partit, les personnages des trois tableaux accrochés au mur, la Mort, le Diable et la Prostituée, sortent de leur toile et se plongent dans la lecture de quelques ouvrages terrifiants et nous font profiter des histoires macabres qu'ils vont se raconter...

LA FIN DU FILM :
Une fois leur lecture terminée, la Mort, le Diable et la Prostituée réintègrent leur tableau respectif. Le bouquiniste, qui a été témoin de ce phénomène terrifiant, sombre dans la folie...

MON AVIS :
On cite souvent Le Cabinet du Docteur Caligari comme étant l'ancêtre et le précurseur du cinéma d'épouvante. Rendons donc à César ce qui lui appartient. Car oui, Cauchemars et Hallucinations, bien que réalisé la même année, a été diffusé avant le classique de Robert Wiene et peut donc se targuer d'être le film pionnier du genre, même si on a vu qu'il existe des versions du Dr Jekyll et Mr Hyde qui lui sont antérieurs et qui jouaient déjà avec le registre de l'épouvante. Néanmoins, de part sa durée, 112 minutes environ, Cauchemars et Hallucinations peut être vu comme le premier long métrage d'épouvante du cinéma. A noter que le négatif original du film a été perdu et que la seule copie existante, restaurée par la Cinémathèque Française, dure 98 minutes.

En plus de ce titre honorifique, le film de Richard Oswald en choppe un second au passage, à savoir celui de premier film à sketch horrifique ! Car oui, Cauchemars et Hallucinations nous présente un fil conducteur (la Mort, le Diable et la Prostituée qui pénètrent dans le monde réel et vont se lire des histoires qui font peur) ainsi que cinq histoires horrifiques. Vous l'aurez compris, voici l'ancêtre des Contes de la Crypte, rien que ça ! D'ailleurs, son titre américanisé, Eerie Tales, correspond tout à fait au spectacle proposé.

La première histoire s'intitule "L'apparition". Un homme qui se promène est témoin de l'agression d'une belle jeune femme par un homme violent. Il se précipite pour lui venir en aide. Celle-ci lui explique que l'homme violent n'est autre que son mari qui la traque sans cesse et en veux à sa vie. Pour la protéger, l'homme loue à la femme une chambre dans le même hôtel que le sien. Le lendemain, il ne trouve aucune trace de la jeune femme et la chambre est totalement déserte. Il se renseigne à l'accueil mais le maître d'hôtel lui dit qu'il n'a jamais été accompagné d'une femme hier soir. L'homme a-t-il été victime d'une hallucination ?? La vérité sera bien plus terrible...

Second sketch : "La main". Deux hommes désirent la même femme. Pour se départager, ils décident de jouer aux dés. Malheureusement pour le vainqueur, le perdant est mauvais joueur et il l'étrangle. Plusieurs années après ce drame, l'étrangleur est toujours hanté par son geste et par la vision de sa main enserrant le cou de sa victime. Une victime dont l'enveloppe spectrale compte bien poursuivre sa vengeance...

La troisième histoire est intitulée "Le chat noir", un classique de la littérature horrifique du à Edgar Allan Poe. Un mari ivrogne est soupçonné d'avoir fait disparaître son épouse et son chat noir...

Quatrième récit : "Le club du suicide". Un homme désire se faire accepter dans un club privé. Il découvrira, une fois intégré, que les membres de ce club se livrent à un jeu particulièrement macabre. Tous les soirs, les membres tirent une carte à jouer et celui qui pioche l'as de pique doit accepter de mourir à minuit ! 

Enfin, la dernière histoire se nomme "Le spectre". Délaissée par son époux qui travaille trop, une femme se laisse séduire par un jeune baron qui vient d'être recueilli dans sa maison après un accident de calèche. Ce dernier, sensible aux charmes de la femme, joue les bonimenteurs et inventent des histoires le mettant en valeur. Quand le mari s'esquive et laisse sa femme et le baron seuls, d'étranges phénomènes se manifestent dans la maison et le courageux baron va vite dévoiler sa véritable nature de froussard...

Cauchemars et Hallucinations porte donc bien son titre. Les récits jouent savamment sur l'épouvante et ces deux thématiques. Ils misent sur une ambiance macabre dans lequel l'humour noir est souvent présent, notamment lors du twist final. Comme dans tous les futurs films à sketch à venir, la qualité des différentes histoires varient forcément, avec des récits qui sortent plus du lot que d'autres. Mais dans l'ensemble, ces cinq histoires sont de bonnes tenues, se montrent efficaces dans leur traitement et la mise en scène, bien qu'encore très classique avec une caméra toujours statique, participe à créer un climat d'étrangeté bienvenu, climat renforcé par le jeu du trio d'acteurs principaux multi-rôles dont les expressions de visage, les yeux exorbités et la gestuelle amplifiée trouvent ici matière à s'exprimer librement.

Les acteurs qui interprètent la Mort, le Diable et la Prostituée, à savoir respectivement Conrad VeidtReinhold Schünzel et Anita Berber jouent également de nombreux autres rôles au sein des cinq histoires, maquillés et vêtus de différentes façons . Bien sûr, le plus charismatique reste Conrad Veidt, légendaire acteur du muet, qu'on reverra par la suite dans des films prestigieux comme Le cabinet du Docteur Caligari (1919), Satanas (1920), Le Crime du Docteur Warren (1920), Les Mains d'Orlac (1924), Le Cabinet des Figures de Cire (1924), L'étudiant de Prague (1926) ou bien encore L'Homme qui rit (1928) dans le registre qui nous intéresse ici. En 1940, il interprétera Jaffar dans le sublime Le Voleur de Bagdad. La jolie Anita Berber aura une fin tragique puisqu'elle mourra à vingt-neuf ans, en 1928. 

Avec ses histoires mêlant amant criminel, séance de spiritisme, fantôme vengeur, apparition, meurtres, femmes en détresse, mari jaloux et violent, chat emmuré vivant, club du suicide, maison hantée et j'en passe, Cauchemars et Hallucinations sait divertir tout en se montrant parfois angoissant et la chute des histoires réservent toujours une bonne surprise. Un film à sketchs de qualité et qui mérite mieux que sa relative clandestinité. 

LA SCÈNE MARQUANTE :
Dans le second sketch, quand la jeune femme découvre le cadavre de son amoureux et que celui-ci s'agite une dernière fois, tout en contracture, dans un dernier spasme.

CARACTÉRISTIQUES
- SCÉNARIO : 4/6
- VIOLENCE : 1/6
- GORE : 0/6
- NUDITÉ : 0/6
- APPRÉCIATION GLOBALE : 4/6


QUELQUES PHOTOS :

 

 

 

LE FILM

L'OISEAU BLEU (1918)

L'OISEAU BLEU

FICHE TECHNIQUE

Titre français : L'Oiseau Bleu
Titre original : The Blue Bird
Autres titres : /

Réalisateur : Maurice Tourneur
Année : 1918
Pays : Etats-Unis
Musique : /
Genre : Fantastique
Interdiction : /

Casting
 Tula Belle (Mytyl)
 Robin Macdougall (Tyltyl)
Lillian Cook (La Fée Berylune)
Tom Corless (Le chat)
Charles Ascot (Le chien)
Edward Elkas (La vieille voisine)

Compagnie de production : Paramount Pictures (Famous Players-Lasky Corporation)

Première diffusion : 31 mars 1918 (USA)

Durée : 80 minutes


L'HISTOIRE
Tyltyl and Mytyl sont deux enfants pauvres, qui sont admiratifs face à la belle demeure des enfants riches. Leur voisine, une vieille femme, à sa petite fille très malade et cette dernière aimerait beaucoup avoir la colombe de Mytyl pour retrouver le bonheur et aller mieux. Malheureusement, Mytyl refuse de donner sa colombe. Durant la nuit, les deux enfants sont réveillés par la lumière provenant de la maison des enfants riches dans laquelle il y a une grande fête. C’est alors qu’apparaît la fée Berylune, qui confie aux enfants une mission : trouver l’oiseau du bonheur, l’oiseau bleu ! Elle donne à Tyltyl un bonnet sur lequel se trouve un diamant. Si le garçon fait tourner le diamant, il verra l’âme de toutes choses, personnes comme objets, comme le sucre, le pain, le feu, l’eau, le chat, le chien ou le lait par exemple. Tout ce petit monde est emmené par la fée dans son royaume. Elle indique alors à Mytyl et Tyltyl la direction du Palais de la Nuit comme premier lieu à explorer pour trouver l’oiseau du bonheur. Leur recherche les mènera ensuite dans un cimetière puis au palais du bonheur, du luxe et de la joie…

LA FIN DU FILM :
Lorsque Mytyl et Tyltyl se réveillent, ils n'ont pas l'oiseau bleu avec eux. La vieille voisine s'invite autour du feu. Les enfants sont tristes de ne pouvoir lui offrir l'oiseau bleu pour guérir sa fille malade. C'est alors qu'ils découvrent que leur colombe est devenue bleu. Ils décident de la donner à leur vieille voisine pour rendre heureuse sa petite fille. Cette dernière vient alors les remercier, toute heureuse de s'être fait deux nouveaux amis. La colombe bleu s'échappe. Tyltyl s'adresse alors aux spectateurs en leur disant de chercher leur oiseau bleu chez eux, dans leur maison, là où se trouve certainement le bonheur...

MON AVIS :
A l'origine, L'Oiseau Bleu est une pièce en six actes de Maurice Maetterlinck datant de 1908, qui connue diverses adaptations théâtrales et cinématographiques, la plus célèbre étant le film de Walter Lang réalisé en 1940 avec Shirley Temple dans le rôle de Mytyl, côtoyant de près celui de George Cukor réalisé en 1976 avec Ava Gardner, Jane Fonda, Patsy Kensit et Elizabeth Taylor entre autre mais considéré comme un nanar et un désatsre financier. 

En 1918, Maurice Tourneur nous offrait déjà une superbe adaptation de ce conte féerique et symbolique. Film muet bien évidemment, L'Oiseau Bleu version Tourneur dénote des précédents films muets évoqués sur ce blog de par le (quasi) naturel de ses acteurs. En effet, on est bien loin de la gestuelle très prononcée, très théâtralisée vue précédemment. Ici, les mouvements sont plus fluides, moins marqués, ce qui en fait un film plus abordable pour ceux qui n'ont pas l'habitude de visionner des films de cette période. 

Les deux enfants interprétant Mytyl et Tyltyl sont très bons et nous proposent diverses émotions qu'ils arrivent bien à retranscrire à l'écran. La mise en scène de Maurice Tourneur est inspirée et le réalisateur utilise plusieurs procédés permettant à son film d'être réellement enchanteur : décors et personnages en ombres chinoises (la fête chez les enfants riches) ou âmes des objets représentées à l'écran par des acteurs costumés de bien belle façon et qui nous évoquent le futur Magicien d'Oz de 1939.

Certaines séquences sont très belles et émouvantes, à l'image de celle dans laquelle Mytyl et Tyltyl, se promenant dans un cimetière, repensent à leurs grand-parents décédés. Ces derniers, heureux de voir que leurs petits-enfants ne les ont pas oubliés, leur apparaissent alors et les invitent chez eux, leur faisant également rencontrer tous leurs frères et soeurs décédés eux aussi. C'est beau, simple et efficace.

On appréciera également la scène dans laquelle Mytyl et Tyltyl rencontrent des enfants qui ne sont pas encore nés, dont leur futur petit frère ! Encore plus émouvant l'image de ces deux petits enfants déjà amoureux alors qu'ils ne sont pas encore nés et qui se promettent de se retrouver, l'un d'eux étant entraîné par "le temps" car son heure est venue afin de faire partie du monde des vivants. Comme on le voit, la féerie est bel et bien au rendez-vous de cette oeuvre somptueuse la plupart du temps. D'ailleurs, la fée Berylune, interprétée par Lillian Cook, est absolument ravissante et son costume très réussi, donnant à ce personnage toute sa dimension symbolique.

Mais attention, ce monde féerique est aussi dangereux. Le personnage du chat par exemple tentera de mettre des batons dans les roues des deux enfants, qui pourront toutefois compter sur leur fidèle ami le chien. L'exploration du palais de la nuit ne sera pas non plus de tout repos, une armée de fantôme venant effrayer le pauvre Tyltyl dans sa quête de l'oiseau bleu.

L'Oiseau Bleu est également une oeuvre métaphorique et porteuse d'un message universel : le bonheur n'est souvent pas très loin de chez soi et il ne sert à rien d'aller le chercher à l'autre bout du monde pour le trouver, tout comme il n'est pas dans les choses superficielles comme le luxe ou l'abondance mais simplement dans la gentilesse, l'amour, la famille. Des valeurs essentielles que vont découvrir nos deux petits héros à travers la quête donnée par la gentille fée, une quête initiatique ayant pour seul but de leur faire comprendre que le bonheur n'est pas seulement l'apanage des riches et qu'on peut le trouver dans la chaleur de son foyer.

Bref, avec sa fée, ses paysages enchanteurs, ses animaux et objets vivants, sa quête du bonheur, sa jolie thématique, ses bons sentiments, son ambiance à la Charles Dickens également, notamment lors de l'introduction nous présentant les deux héros et leur famille, L'Oiseau Bleu est un pur film familial, un conte de fée aux belles images et pourvu d'une réelle inventivité au niveau des effets-spéciaux. Le film tire peut être un peu en longueur vers la fin avec cette enchaînement de séquences dans le palais du luxe mais hormis cela, c'est un divertissement hautement recommandable pour qui aime les belles histoires qui baignent dans la féerie et la poésie.

A noter que la copie disponible est d'assez bonne qualité hormis un ou deux passages durant lesquels la pellicule est fortement abimée. 

LA SCÈNE MARQUANTE :
Les parents de Mytyl et Tyltyl, réveillés par du bruit en provenance de la chambre de leurs enfants, se lèvent pour vérifier s'ils dorment bien. C'est effectivement le cas alors que les images précédentes nous les montraient en compagnie de la fée et des âmes des objets et animaux. Le spectateur comprend alors que tout se passe dans les rêves des enfants, la culpabilité de ne pas avoir voulu donner leur colombe ayant eu pour effet de leur faire inventer cette quête de l'oiseau bleu.

CARACTÉRISTIQUES
- SCÉNARIO : 4/6
- VIOLENCE : 0/6
- GORE : 0/6
- NUDITÉ : 0/6
- APPRÉCIATION GLOBALE : 4/6


QUELQUES PHOTOS :

 

 


LE FILM

Disponible en DVD chez KINO VIDEO ou chez BACH FILMS

FIGURES DE CIRE

FIGURES DE CIRE


FICHE TECHNIQUE

Titre français : Figures de Cire
Titre original : Figures de Cire
Autres titres : The Man with Wax Faces

Réalisateur : Maurice Tourneur
Année : 1914
Pays : France
Musique : /
Genre : Épouvante
Interdiction : /

Casting
Henry Roussel (Pierre de Lionne)
Emile Tramont (Jacques Tramont)
Henri Gouget (L'homme aux figures de cire)


Compagnie de production : Eclair

Première diffusion : 1914 (France)

Durée : 10 minutes


L'HISTOIRE
Lors d'un dîner mondain, une des invités a une belle frayeur quand un serveur débouche une bouteille de champagne à côté d'elle. Une discussion s'ensuit alors sur le thème de la peur et Pierre de Lionne affirme qu'il ne connaît pas la peur. Son ami Jacques Tramont lui fait alors un pari : passer une nuit entière dans un endroit inquiétant pour tenter de gagner une petite somme d'argent. Pierre de Lionne accepte et se rend dans un musée de cire situé dans une fête foraine. La nuit ne sera pas aussi tranquille que prévue parmi les inquiétants mannequins de cire. La santé mentale de Pierre de Lionne s'avère fragile et l'homme sombre peu à peu dans la peur...

LA FIN DU FILM :
Très tard dans la nuit, Jacques Tramont se rend au musée pour voir comment se passe l'expérience. En apercevant l'ombre de Jacques à travers un rideau, Pierre de Lionne, terrorisé, se saisit d'un couteau et frappe l'ombre de son ami à plusieurs reprises. La police découvre le cadavre de Jacques au matin ainsi que Pierre de Lionne, devenu fou...

MON AVIS :
Adaptation d'une pièce horrifique d'Andre de Lorde, auteur spécialisé dans le genre dont les écrits ont servi à la confection de la majorité des pièces du théâtre du Grand-Guignol, Figures de Cire est un court-métrage d'une dizaine de minutes dont l'histoire vous semblera bien familière. Et pourtant, le film date de 1914 !

Accepter un pari pour gagner de l'argent en passant la nuit dans un endroit terrifiant est un sujet qu'on retrouve en effet dans bon nombre de films policiers, d'épouvante ou d'horreur contemporain. On pense à La Nuit de Tous les Mystères de William Castle, à La Maison de l'Horreur de William Malone, aux comédies policières Un Cadavre au Dessert de Robert Moore ou Cluedo de Jonathan Lynn entre autre.

Figures de Cire est également l’ancêtre des films se déroulant dans un musée de cire. Un lieu atypique et absolument parfait pour jouer avec les nerfs du spectateur mais aussi des protagonistes de l'histoire, les mannequins représentant souvent des scènes de crimes ou des exécutions devenant la nuit des formes inquiétantes qui sembleraient presque dotées de vie. Parmi les classiques du genre, on citera à titre d'exemple Masque de Cire de Michael Curtiz, L'Homme au Masque de Cire d'André De Toth, Waxworks d'Anthony Hickox ou Le Masque de Cire de Sergio Stivaletti, cette liste étant loin d'être exhaustive.

Dans Figures de Cire, la peur vient de l'enfermement même dans le musée de cire du personnage principal. Un fort en gueule qui n'a peur de rien apparemment mais qui, une fois seul dans ce drôle de lieu, va vite voir son assurance le quitter. Le vent mugissant au dehors et soulevant les bâches de protection du musée vont le perturber et les mannequins sans vie vont faire naître en lui un sentiment de terreur, le poussant dans ses derniers retranchements au fur et à mesure que la nuit se passe, jusqu'au final macabre et doté d'un sérieux humour noir, élément emblématique des pièces de théâtre du Grand-Guignol. L'acteur qui l'interprète, Henry Roussel, joue très bien et parvient à faire progresser ses expressions de visage du calme à la terreur de manière efficace.

Même si Figures de Cire n'est absolument pas sanglant, l'ambiance étrange et déroutante qui s'installe petit à petit en font un précurseur dans le genre de l'épouvante.

Notons que ce film est réalisé par Maurice Tourneur, papa du non moins célèbre Jacques Tourneur. Il réalisera en 1918 un sublime film fantastique, L'Oiseau Bleu

LA SCÈNE MARQUANTE :
L'expression de folie sur le visage de Pierre de Lionne, tenant fermement son couteau, quand la police découvre le drame.

CARACTÉRISTIQUES
- SCÉNARIO : 2/6
- VIOLENCE : 0/6
- GORE : 0/6
- NUDITÉ : 0/6
- APPRÉCIATION GLOBALE : 3/6


QUELQUES PHOTOS :

 


LE FILM

THE GHOST OF SLUMBER MOUNTAIN

THE GHOST OF SLUMBER MOUNTAIN


FICHE TECHNIQUE

Titre français : The Ghost of Slumber Mountain
Titre original : The Ghost of Slumber Mountain
Autres titres : /

Réalisateur : Willis H. O'Brien 
Année : 1918
Pays : Etats-Unis
Musique : /
Genre : Fantastique
Interdiction : /

Casting
Herbert M. Dawley (L'oncle Jack Holmes)
Willis H. O'Brien (Le fantôme de Mad Dick)
Chauncey et Alan Day (Les deux neveux)


Compagnie de production : Herbert M. Dawley Production

Première diffusion : 17 novembre 1918 (USA)

Durée : 18 minutes


L'HISTOIRE
Deux jeunes garçons demandent à leur oncle Jack de leur raconter une histoire qu'il a vécu. Aventurier dans l'âme, leur oncle a consigné ses différents voyages et péripéties dans un journal. Il choisit de leur raconter l'histoire du "fantôme de Slumber Moutain". Jack, avec son ami Joe et son chien, a fait une excursion dans une magnifique montagne. Il laisse Joe au campement et en profite pour s'aventurer seul dans les hauteurs, à la recherche de la cabane de Mad Dick, un vieil ermite. Il découvre l'endroit qui semble totalement désert. Dans la cabane, il ouvre un coffre qui contient un curieux objet ressemblant à des jumelles. Le fantôme de Mad Dick lui apparaît alors et lui indique la marche à suivre pour se servir de l'objet. Jack se rend sur le sommet le plus élevé de Slumber Mountain et regarde dans les jumelles. Il découvre alors un monde peuplé de dinosaures à travers l'objectif...

LA FIN DU FILM :
Attaqué par un tyrannosaure, Jack lui tire dessus avec son pistolet, sans succès. Il se réveille alors en sursaut près du campement : ce n'était qu'un cauchemar, qui provoque l'hilarité de son ami Joe...

MON AVIS :
Réalisateur et acteur de Ghost of Slumber Mountain, le nom de Willis H. O'Brien ne devrait pas vous être inconnus si vous êtes un fervent amateur de cinéma fantastique. Cet illustre personnage est en effet l'un des pionniers dans l'animation dite de "stop-motion", l'ancêtre de Ray Harryhausen en quelque sorte. Son titre de gloire dans le domaine de la stop-motion restant, excusez du peu, le King Kong de 1933, sur lequel il anime le roi Kong mais aussi les divers dinosaures peuplant ce chef-d'oeuvre. Il avait déjà œuvré parmi les dinosaures dans Le Monde Perdu en 1925. 

Passionné par ces créatures antédiluviennes et par les effets-spéciaux, il se consacre entièrement à l'animation image par image de ces monstres géants et réalise dès 1915 son premier film, The Dinosaur and the Missing Link: A Prehistoric Tragedy

En 1918, il met donc en scène The Ghost of Slumber Mountain dans lequel il fait aussi l'acteur. Malheureusement, les relations de travail entre Willis H. O'Brien et le producteur Herbert M. Dawley, lui-même spécialiste en animation en stop-motion, sont tendues. Sous la pression d'un gérant de cinéma qui trouve le film trop long, Dawley charcute le film, taillant dans les 40 minutes pour n'en garder que 18 environ. 

En l'état actuel, le film se suit sans soucis même si on ne saura pas grand chose sur le fantôme de Mad Dick, ni d'où provient le curieux appareil permettant de voir les dinosaures. Est-ce un appareil permettant de voir dans le passé ? Il semblerait bien que oui, ce qui ajoute à la dimension fantastique de l'oeuvre, connu en effet pour être la première à traiter du phénomène du voyage dans le temps, puisque la cabane de Mad Dick contient des os de dinosaures, nous donnant à penser que ce vieil ermite, grâce à son appareil, a voyagé à l'époque préhistorique pour en rapporter ses ossements.

The Ghost of Slumber Mountain nous permet donc de voir durant quelques minutes un brontosaure au bord d'un lac, un oiseau géant, un combat entre deux tricératops puis un affrontement entre un tricératops et le terrifiant tyrannosaure ! Les animations sont des plus correctes et nous laissent apprécier le talent de Willis H. O'Brien, qui ne cessera de progresser dans les années à venir. On est encore loin du niveau des animations de King Kong mais c'est un bon début et ce n'est pas du tout ridicule.

Bref, pour les amateurs de films de dinosaures, et ils sont nombreux, ou pour tout ceux qui veulent voir l'ancêtre de Jurassic Park, n'hésitez pas à vous rendre dans les paysages de Slumber Mountain ! Avec son montage charcuté, The Ghost of Slumber Mountain n'a rien d'un grand film mais c'est un petit divertissement sympathique qui laisse augurer du meilleur pour la suite.

LA SCÈNE MARQUANTE :
L'apparition à travers les arbres du tyrannosaure, qui se lance à l'attaque d'un tricératops

CARACTÉRISTIQUES
- SCÉNARIO : 2/6
- VIOLENCE : 0/6
- GORE : 0/6
- NUDITÉ : 0/6
- APPRÉCIATION GLOBALE : 2/6


QUELQUES PHOTOS :

 


LE FILM :

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES (1915)

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES


FICHE TECHNIQUE

Titre français : Alice au pays des Merveilles
Titre original : Alice in Wonderland
Autres titres : /

Réalisateur : W.W. Young
Année : 1915
Pays : Etats-Unis
Musique : /
Genre : Fantastique
Interdiction : /

Casting
Viola Savoy (Alice)
Herbert Rice (La lapin blanc)
William Tilden (Le chapelier fou)
Louis Merkle (La souris)

Compagnie de production : Deutsche Bioscop GmbH

Première diffusion : 19 janvier 1915 (USA)

Durée : 83 minutes


L'HISTOIRE
Alice et sa grande sœur décident d'aller faire un pique-nique dans les bois alentour. Sur le chemin, Alice croise un petit lapin blanc, un hibou, un chat et d'autres animaux de la ferme. Arrivé sur les lieux du pique-nique, la grande sœur d'Alice lui lit un livre pendant que cette dernière s'endort et se met à rêver. Un lapin blanc habillé comme un dandy apparaît alors et demande à Alice de le suivre. La jeune fille quitte son enveloppe charnelle et suit le lapin blanc dans son terrier, jusqu'au pays des Merveilles...

LA FIN DU FILM :
Alors qu'Alice prend part à un procès en tant que témoin à la cour du Roi et de la Reine de Cœur, elle se réveille dans les bois, à côté de sa grande sœur. Elle emporte avec elle le petit lapin blanc.

MON AVIS :
Troisième adaptation du roman de Lewis Carroll, cette version de 1915 se révèle supérieure à celle de 1903 même si on sera assez étonné de ne pas trouver certaines séquences cultes du roman, comme celle dans laquelle elle boit pour rapetisser et mange pour retrouver sa taille normale. Des éléments manquants qui change notre approche du récit et de l'idée qu'on s'en fait généralement, l'oeuvre ayant tellement été codifiée par la version de Walt Disney entre autre.

Parmi les points communs entre la version 1903 et la version 1915, on citera le fait que les divers animaux rencontrés sont des acteurs dans des costumes. Dans le film de W.W. Young, le travail sur ces costumes est encore plus soignée que dans la version 1903 et tous ces animaux de taille "humaine" devraient ravir le plus jeune public : lapin blanc, souris, tortue, chenille, singe, cochon, oiseaux de races diverses, il y en a pour tous les goûts. Honnêtement, on s'attend carrément à voir débarquer Chantal Goya pour mener la danse avec Alice et cette curieuse ménagerie ! 

L'héroïne du film est interprétée par Viola Savoy, une actrice qui ne sera apparue que dans deux films. Âgée de seize ans à l'époque d'Alice au pays des Merveilles, elle interprète plutôt bien Alice et se montre convaincante, souriante, enjouée même si sa prestation n'a rien de mémorable. Mais le job est fait. Elle virevolte littéralement dans des jolis décors de cartons-pâtes et semble s'amuser autant que le spectateur.

Bien sûr, le fameux Chat du Cheshire est bien présent et la séquence dans laquelle il apparaît est tout bonnement excellente, pleine d'humour et servi par des effets-spéciaux sobres mais efficaces. L'armée de cartes du Roi et de la reine de Cœur répond aussi à l'appel et on a même droit à des numéros dansés, comme lors du fameux quadrille des homards ! 

Spectacle enfantin d'une durée de 52 minutes et des poussières, Alice au pays des Merveilles 1915 est une gentille féerie, parfois trop explicative dans les cartons-titres puisque dès le début, on nous explique que les choses vues ou les actions faites dans la journée influent sur nos rêves. De même, la séquence dans laquelle Alice quitte son corps endormi pour suivre le lapin ne laisse aucune place au doute : elle est belle et bien en train de rêver. Bon, ok, tout le monde connaît l'histoire et la fin, mais quand même. En tout cas, c'est un joli divertissement et qui possède une approche assez originale.

LA SCÈNE MARQUANTE :
 Le chat du Cheshire, tranquillement installé dans son arbre, taquine Alice et s'amuse avec elle. Soudain, il fait disparaître son corps et seule sa petite frimousse reste visible.

CARACTÉRISTIQUES
- SCÉNARIO : 3/6
- VIOLENCE : 0/6
- GORE : 0/6
- NUDITÉ : 0/6
- APPRÉCIATION GLOBALE : 3/6


QUELQUES PHOTOS :

 

 

LE FILM :

L'ÉTUDIANT DE PRAGUE (1913)

L'ÉTUDIANT DE PRAGUE


FICHE TECHNIQUE

Titre français : L'étudiant de Prague
Titre original : Der Student von Prag
Autres titres : The Student of Prague

Réalisateur : Paul Wegener, Stellan Rye
Année : 1913
Pays : Allemagne
Musique : /
Genre : Fantastique
Interdiction : /

Casting
Paul Wegener (Balduin / son reflet)
Grete Berger (La comtesse Margit)
John Gottowt (Scapinelli)
Lyda Salmonovar (La marchande de fleurs)
Lothar Körner (Le comte)
Fritz Weidemann (Le baron)

Compagnie de production : Deutsche Bioscop GmbH

Première diffusion : 22 août 1913 (Allemagne)

Durée : 83 minutes


L'HISTOIRE
A Prague. Balduin, un jeune étudiant sans argent mais extrêmement doué au maniement du sabre, s’ennuie sur la place du village pendant que ses amis font la fête. Une calèche arrive et en descend Scapinelli, un homme étrange qui s’invite à la table de Balduin. Après une petite discussion, ils partent ensemble. Pendant ce temps, la comtesse Margit et son fiancé le baron Waldis-Schwarzenberg, se préparent pour une partie de chasse à courre. La comtesse déclare a son fiancée, qui n’est autre que son cousin, qu’elle ne l’aime pas et qu’elle a simplement suivi la volonté de son père. Elle prend la fuite et croise la route de Balduin et de Scapinelli. Elle tombe de cheval dans un lac et le jeune garçon se rue à son aide. Pour le remercier de son geste, le comte invite Balduin au château. Le jeune homme est ravi de revoir la comtesse jusqu’au moment où le comte lui présente le fiancé de cette dernière. Dépité, Balduin prend congé de ses hôtes et retourne dans sa chambre. Scapinelli s’invite à son chevet et lui propose un curieux contrat : en échange de 100 000 florins, Balduin devra laisser Scapinelli prendre ce qu’il veut dans sa chambre. Ébloui par l’argent, l’étudiant signe le contrat. Scapinelli prend alors ce qu’il souhaite : le reflet de Balduin ! D'abord déconcerté de ne plus voir son reflet dans le miroir, Balduin oublie vite ce curieux phénomène en reluquant la grosse somme d’argent qui est sienne. Il courtise la comtesse en l’absence de son fiancé, sans savoir qu’il est espionné par la jeune marchande de fleurs qui est secrètement amoureuse de lui. Celle-ci va prévenir le baron de cette idylle naissante. Se rendant chez Balduin, le baron le défie en duel au sabre afin de rétablir son honneur. Le comte fait promettre à Balduin de ne pas tuer le baron. Malheureusement, avant d’arriver sur le lieu du duel, il croise son reflet, un sabre ensanglanté à la main...

LA FIN DU FILM :
Balduin, harcelé par son reflet, rentre chez lui et se munit d’un pistolet. Quand son reflet apparaît, il lui tire dessus, le faisant disparaître. Heureux d’avoir régler le problème, Balduin s’aperçoit qu’en tirant sur son reflet, c’est lui-même qu’il a tué. Il s’écroule. Scapinelli entre dans la pièce et déchire le contrat.

MON AVIS :
Avec L'étudiant de Prague, on commence gentiment à taper dans le lourd en matière de cinéma fantastique. Non pas que les autres films présentés jusqu'à présent sur ce blog soient mauvais ou inintéressants, bien au contraire, mais on franchit très nettement un palier avec cette oeuvre de Paul Wegener réalisé en 1913. De part sa durée tout d'abord, avec 83 minutes au compteur, ce qui est une durée plutôt hors norme pour l'époque. De par son scénario ensuite, qui, grâce à la durée du film justement, se permet de développer son histoire mais aussi ses personnages et de nous conter tranquillement ce drame romantique teinté de fantastique sans devoir utiliser des ellipses à tout bout de champ par manque de temps. 

On a donc une véritable histoire, mieux construite, mieux racontée qu'auparavant : une histoire d'amour principalement, avec cette romance impossible entre un jeune étudiant miséreux et une comtesse fiancée à son cousin. Ce coup de foudre imprévu entre Balduin, interprété par le réalisateur Paul Wegener qui nous offrira Le Golem en 1920, va être l'occasion de voir le fantastique intervenir dans le quotidien de ce jeune homme sans le sou. Désireux plus que tout au monde de séduire la comtesse, il va être victime d'un curieux personnage, dont l'accoutrement n'est pas sans nous rappeler le look du docteur Caligari dans le classique de 1919. Si on ne saura pas grand chose sur ce Scapinelli, joué par John Gottowt, impossible de ne pas voir dans ce personnage une variation du Méphistophélès présent dans le "Faust" de Goethe. Car c'est un véritable pacte avec le Diable que va signer le pauvre Balduin. Attiré par la promesse de devenir riche, ce qui lui permettrait de mener une existence plus aisée et donc plus compatible avec le statut de la comtesse, il signera sans sourciller le contrat de Scapinelli qui, en échange, lui volera son reflet !

Ce thème du double semble être inspiré par la nouvelle d'Edgar Allan Poe, "William Wilson", dans lequel un homme était pourchassé par son double. Dans L'étudiant de Prague, le double est donc le reflet du héros. Un reflet qui, lors d'une sublime séquence magistralement réalisée, sortira du miroir et fera face à son "hôte" qui n'en croira pas ses yeux. La direction d'acteurs est très réussie dans cette séquence forte en émotion. Les autres séquences vers la fin du film, dans lesquelles le héros et son reflet se rencontrent à diverses reprises, sont-elles aussi efficacement réalisés et on saluera l'ingéniosité des personnes ayant réussies ce tour de force à cette époque. 

Filmé en décors naturels, L'étudiant de Prague préfigure le futur cinéma expressionniste allemand et on en trouve quelques traces ici, comme lorsque le héros tente d'échapper à son reflet le poursuivant dans les rues de Prague. Les rues, les escaliers, les maisons forment une géométrie étrange qui crée une atmosphère particulière, flirtant souvent avec le gothique, et dans laquelle on pressent un danger imminent. La caméra, toujours statique, laisse pourtant venir à elle les acteurs, se focalisant sur certains d'entres-eux et apportant une légère dynamique à la mise en scène, même si l'impression de voir du théâtre filmé est toujours présente. Une impression amplifiée par le fait que le film se découpe en quatre acte, telle une pièce de théâtre. Les acteurs jouent tout de même plus en retenu au niveau de leurs gestuelles et livrent de belles compositions. Paul Wegener campe un jeune amoureux avec brio quant John Gottowt se montre particulièrement inquiétant dans le rôle de ce sorcier de Scapinelli, ricanant et prenant un malin plaisir à tourmenter sa victime, n'ayant aucune compassion pour elle lors du final tragique. 

Si le fantastique n'est présent que par petites touches dans L'étudiant de Prague, la romance et le drame étant les principaux éléments de cette histoire machiavélique, il n'en reste qu'on tient ici l'un des premiers films importants du genre. Encore très rigide au niveau de la caméra, L'étudiant de Prague influencera néanmoins les futurs classiques allemand de l'époque du muet. 

A noter qu'avant 1987, il n'existait qu'une version de 40 minutes du film. Une restauration permit d'obtenir cette version de 83 minutes, à laquelle il manque approximativement deux minutes perdues à jamais et situées durant l'introduction.

LA SCÈNE MARQUANTE :
Lorsque Balduin, après avoir signé le contrat de Scapinelli, voit son reflet s'extraire du miroir et sortir de sa chambre avec ce dernier. 

CARACTÉRISTIQUES
- SCÉNARIO : 4/6
- VIOLENCE : 0/6
- GORE : 0/6
- NUDITÉ : 0/6
- APPRÉCIATION GLOBALE : 4/6


QUELQUES PHOTOS :

 

 

LE FILM :

DR. JEKYLL ET MR. HYDE (1913)

DR. JEKYLL ET MR. HYDE


FICHE TECHNIQUE

Titre français : Dr. Jekyll et Mr. Hyde
Titre original : Dr. Jekyll and Mr. Hyde
Autres titres : Carl Laemmle's Dr. Jekyll and Mr. Hyde

Réalisateur : Herbert Brenon
Année : 1913
Pays : Etats-Unis
Musique : /
Genre : Épouvante
Interdiction : /

Casting
King Baggot (Dr. Jekyll / Mr. Hyde)
Jane Gail (Alice)
Howard Crampton (Dr. Lanyon)
Matt Snyder (Le père d'Alice)

Compagnie de production : Independent Moving Pictures Co. of America

Première diffusion : 6 mars 1913 (USA)

Durée : 26 minutes


L'HISTOIRE
Alice, la fiancée du docteur Jekyll, reçoit un message de ce dernier lui disant qu'il ne pourra se rendre au théâtre avec elle car trop de patients ont besoin de son aide. Dans son cabinet, Jekyll discute avec le docteur Lanyon et le juge Utterson de ses recherches concernant la séparation du Bien et du Mal chez un être humain. Ceux-ci réfutent ses théories. Après leur départ, le docteur Jekyll s'occupe de ses nombreux patients qu'il soigne gratuitement. Alice et son père viennent lui rendre visite puis repartent. Tard dans la nuit, Jekyll décide de tester la potion qu'il a inventé sur lui-même. Il se métamorphose alors en un être vil et méchant : Hyde. Sous cette apparence, Jekyll rédige un mot pour ses serviteurs leur expliquant que monsieur Hyde est son meilleur ami et qu'il faut le traiter avec égard. Hyde se rend dans une taverne semer la zizanie puis loue une chambre d'hôtel. Chaque nuit, il commet des actes de violence, allant même jusqu'à frapper un enfant. Hyde accepte de payer le père de l'enfant afin d'éviter de se faire lyncher par la foule en colère. Hyde fini par boire un antidote et redevient le bon docteur Jekyll. Il se fait la promesse de ne plus jamais boire sa potion. Malheureusement, le processus de métamorphose s'enclenche sans l'usage de la drogue et Jekyll redevient Hyde. Plus tard, Jekyll fait son testament dans lequel il lègue tous ses biens à Hyde, sentant que sa partie maléfique prend le dessus. La venue d'Alice lui remet du baume au cœur mais Hyde fait sa réapparition. Alice, n'ayant pas vu la transformation, alerte le docteur Lanyon et le juge Utterson. Mais Hyde a le temps de boire l'antidote et de redevenir Jekyll. Lors d'une promenade avec Alice, Jekyll sent que Hyde va revenir et il s'enfuit. Sous sa forme machiavélique, il revient et agresse le père d'Alice. Poursuivit, il demande à un jeune garçon de porter un message au docteur Lanyon, lui demandant de lui apporter un petite boite cachée dans son bureau. A minuit, Lanyon apporte la boite à Hyde qui contient les ingrédients de l'antidote. Hyde redevient Jekyll, provoquant la stupeur de Lanyon. En voulant s'excuser auprès d'Alice, Jekyll est à nouveau contraint de laisser sa place à Hyde. Il est poursuivit par une foule hystérique...  

LA FIN DU FILM :
Hyde se réfugie dans la chambre d'hôtel. Il parvient à nouveau à boire l'antidote et apparaît à la foule sous les traits de Jekyll. De retour dans son laboratoire, Jekyll redevient Hyde. Ce dernier brise le dernier antidote disponible. Il envoie sa servante chercher les ingrédients auprès des chimistes de la ville. Prévenue par cette dernière, le docteur Lanyon et Utterson découvre le corps inanimé de Hyde. Quand Alice soulève le drap mortuaire, c'est le visage de Jekyll qu'elle voit.

MON AVIS :
Décidément, le roman de Robert Louis Stevenson "L'étrange cas du Dr. Jekyll et Mr. Hyde" attire les réalisateurs en cette décennie 1910's. Première adaptation en 1908, seconde en 1910, troisième en 1912 avec le film de Lucius Henderson chroniqué sur ce blog (Dr. Jekyll et Mr. Hyde - 1912), puis deux autres adaptations en 1913 et une sixième en 1915 ! Et ce n'est que le début de la liste puisque le duo Jekyll / Hyde va continuer d'enflammer les passions par la suite. 

Des deux films tournés en 1913, je n'ai vu que celui dont je vais vous parler maintenant, à savoir l'oeuvre réalisée par Herbert Brenon avec l'acteur King Biggot dans le rôle-titre. Il faut savoir que cette oeuvre de 26 minutes est issue de la compagnie de production "Independent Moving Pictures Co. of America". Une compagnie dirigée par un certain Carl Laemmle, qui, pour contrecarrer la société de Thomas Edison avec qui il était en concurrence, eut l'idée de fusionner sa compagnie avec d'autres petites compagnies, ce qui aboutit à la naissance de la firme... Universal ! 

Cette petite anecdote racontée, penchons-nous sur le cas de ce Dr. Jekyll et Mr. Hyde de 1913. Avec une durée deux fois plus longue que la version de 1912, le réalisateur Herbert Brenon a nettement plus de temps pour peaufiner ses personnages et son intrigue. Certes, on est encore loin d'être au top niveau psychologie des personnages avec une durée de 26 minutes mais on assiste à plus de séquences entre personnages, comme la discussion qui semble houleuse entre Jekyll, le docteur Lanyon et le juge Utterson par exemple.

Si King Biggot campe un bon docteur Jekyll, insistant bien sur son côté altruiste, son interprétation de Mr Hyde laisse par contre un petit peu à désirer. Côté look, c'est un copié-collé du Hyde de 1912 : cheveux noirs hirsutes, démarche façon "bossu", presque simiesque. L'aspect violent du personnage est correct, notamment quand il s'attaque à un jeune garçon handicapé ou qu'il provoque les clients d'une petite taverne. Néanmoins, on aurait aimé le voir plus souvent en action dans ses moments de colère.

Plus étonnant, les nombreuses transformations de Jekyll en Hyde se déroule lorsque le bon docteur pense ou se trouve en compagnie de sa fiancée Alice. Faut-il y voir une quelconque forme moralisatrice envers le sexe ? Le fait de se trouver en présence d'une femme qu'on aime ferait-il surgir les vils instincts de Jekyll ? La question est posée !

Si les effets-spéciaux jouent avec ce qu'on a déjà vu dans la version 1912, à savoir des superpositions d'images effaçant Jekyll pour faire apparaître Hyde, on note quelques trouvailles, comme le fait de voir Jekyll cacher son visage entre ses mains et tourner le dos à la caméra pour mieux y faire face en Mr. Hyde, avec ajout de postiches et dentiers. 

Assez respectueux du roman de Stevenson, ce Dr. Jekyll et Mr. Hyde mérite en tout cas votre attention et s'avère pour ma part supérieur au film de 1912.  

LA SCÈNE MARQUANTE :
Plus que les transformations de Jekyll en Hyde, la scène marquante reste l'ultime séquence, quand Alice soulève le drap censé couvrir la dépouille de Hyde et qu'apparaît le visage paisible de Jekyll... 

CARACTÉRISTIQUES
- SCÉNARIO : 3/6
- VIOLENCE : 0/6
- GORE : 0/6
- NUDITÉ : 0/6
- APPRÉCIATION GLOBALE : 3/6


QUELQUES PHOTOS :

 

 


LE FILM :